Article précédent


Steve entre dans le box comme monté sur ressorts, tel un boxeur prêt à en découdre, poids super plume ; petit, frêle et imberbe, il dénote autour des policiers balèzes, barbus et harnachés de gilets par balle, mais il a une présence naturelle qui découle d’une effronterie longuement éprouvée.
Steve a dealé, en récidive légale. Des policiers en surveillance, dit la présidente, l’ont observé procéder à deux transactions dans un quartier de Cergy connu pour son trafic de stupéfiants. Le client vient à son contact, Steve prend l’argent, il entre dans un parking dont il ressort avec un sachet du produit demandé. Après le deuxième client, il est interpellé, seul – il manquait des effectifs pour arrêter le client avec lui.
Dans une cachette du parking : de la résine de cannabis, de l’herbe et du crack. Steve admet sans problème qu’il était là pour vendre, de 15h à minuit, pour un salaire de 100 euros.
« Mais vous dites que la cachette du parking, ce n’était pas la vôtre.
– C’est ça, moi je cachais les stupéfiants derrière un buisson. »
Pourtant, les produits retrouvés sont emballés dans un sachet identique à ceux retrouvés sur vous. Et puis, les policiers ont noté que cela vous avait pris quelques secondes seulement pour récupérer la drogue, ce qui n’est possible qu’avec cette cachette.
– Moi, ce que je sais, j’étais en train de bosser, et les policiers m’ont mis la cocaïne sur le dos.
– Quand vous dites bosser, vous voulez dire dealer de la drogue ? Donc ça ne s’appelle pas bosser, c’est illégal. Vous vendiez quoi ?
– Du shit et de la beuh.
– Ça change quoi pour vous ?
– Ce n’est pas de la drogue dure.
– Et donc si on vous avait demandé de vendre du crack, vous auriez dit non ?
– Pourquoi vous vendiez ?
– Pour subvenir à mes besoins. Me nourrir, m’habiller.
– Vous n’aviez pas un travail ?
– Si, mais on m’a viré.
– Pourquoi on vous a viré ?
– J’avais un véhicule et on me l’a pris car il me manquait un truc.
– Ce n’était pas le permis qui vous manquait ?
– Si. »
A 19 ans, Steve, qui vit chez sa mère, a deux condamnations à son casier, toutes les deux pour des infractions liées aux stupéfiants. « Au bout de trois fois on fait quoi, on vous envoie en prison ?
– Je sais pas.
– Vous êtes en prison depuis dimanche, ça s’est passé comment ?
– C’est pas beau.
– Vous pensez que c’est là qu’il faut que vous alliez ?
– Je sais pas, mais c’est pas une solution. »
« Crack ou non », dit le procureur, il doit être déclaré coupable. Il demande 18 mois, dont 8 mois ferme avec aménagement ab initio sous la forme d’une surveillance électronique. « La prochaine fois, ce sera un mandat de dépôt. »
L’avocate dit être d’accord avec le procureur. « Je vais peut-être avoir l’audace de vous demander de revoir le quantum à la baisse », mais le tribunal ignore cette audace en condamnant Steve aux réquisitions (interdiction de paraître à Cergy et obligation de travail).
0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail et votre nom de famille ne seront pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *