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« Nanterre, je serai là ! » C’est sur une reprise de « J’irai où tu iras » que les avocats de l’Union des jeunes avocats de Nanterre (UJAN) ont ouvert, jeudi 17 septembre, la deuxième des trois représentations de leur traditionnelle Revue.
La rivalité avec Céline Dion, justement en concert à Paris la veille et le lendemain, était affichée dès le programme, dans un mot d’introduction signé de la troupe : « La revue, qu’est-ce que c’est ? De la concurrence à Céline Dion. »

Neuf « avocomédiens » face à la diva canadienne, le combat était inégal, mais la salle du Théâtre de la Garenne-Colombes était comble pour « Bar(re) de nuit », clin d’œil aux audiences qui s’éternisent tard le soir.
Moment phare de la vie du barreau des Hauts-de-Seine, la Revue permet chaque année à de jeunes avocats de dénoncer, en chansons, en danses (et avec un brin de cynisme), les sujets qui agitent la profession.
Nouveauté par rapport à l’édition d’il y a deux ans : la troupe a renoncé à la formule du spectacle intégralement joué sur scène, au profit de saynètes filmées en amont et projetées sur écran. Baptisée « Le Frigo », cette parodie de Caméra Café sert de fil rouge, avec son lot de situations loufoques.
Une jeune avocate (Jennifer de Sousa) s’y présente à un confrère (Mathias Eluère), qui lui livre aussitôt les secrets maison : « Les audiences qui finissent à minuit, l’absence totale de réseau, qui n’est pas franchement un secret, et surtout, il y a le groupe WhatsApp du Barreau de Nanterre », où circulent aussi bien des informations professionnelles que « de la philosophie ou encore des recettes de cuisine ».
Le spectateur savoure les péripéties de cette jeune avocate tentant désespérément d’obtenir le contact d’un huissier, noyée sous les débats politiques, les reventes de places pour Céline Dion et les signalements de pannes du RPVA. Jusqu’à cet appel au désespoir de l’avocate : « Un huissier, s’il vous plaît ! »
La troupe s’est aussi essayée à la satire religieuse, détournant les codes de la messe catholique pour railler le fonctionnement du Conseil de l’Ordre et des cabinets, mais aussi des institutions judiciaires.

Sous forme d’office, la bâtonnière et ses confrères confient leurs tracas à Saint Yves et récitent des prières pour les avocats en galère ou sans cabinet fixe.
Marie-Pascale Piot, bâtonnière du barreau de Nanterre, y est honorée et caricaturée sous les traits de Marianne Tharreau : la prière finale se transforme en « Je vous salue Marie-Pascale », sanctifiant l’avocate en protectrice de tous les avocats.
Cette dernière revient quelques scènes plus loin, en sauveuse cette fois. Un avocat peu à l’aise avec le numérique (Grégory Magnac) enchaîne les catastrophes : un faux mail du barreau expédié depuis une adresse Gmail, une tentative de phishing sur son compte CARPA, une arnaque au prince ivoirien… Une avocate incarnant Trinity l’interrompt et, devant tant de crédulité, invoque « l’Élu » pour l’extraire de la Matrice numérique.
Apparaît alors Marie-Pascale Piot – « l’Élue », donc – qui lui soumet le choix fondamental entre deux QR codes : le bleu, qui le laisse à ses mots de passe faibles et à ses mails imprimés, ou le rouge, qui le fait basculer dans le monde de l’authentification forte et du cloud sécurisé. L’avocat finit par choisir par erreur le badge « officiel », le bleu, et voit ses données aspirées dans la seconde.
La troupe a également mis en scène les laborieuses négociations entre le barreau, le Conseil national des barreaux (CNB) et le tribunal judiciaire de Nanterre autour de la nouvelle convention sur les permanences pénales, ouvertes un 15 août.
Entourée d’Anne-Sophie Lépinard, élue au CNB pour la FNUJA (Laura Duchacek), la bâtonnière reçoit la secrétaire générale du parquet et le président du TJ, Benjamin Deparis, campé par Mathias Eluère.
Rêvant de Paris, ce dernier ne cache pas son dédain pour Nanterre, « trou à rat » où il se morfond depuis son arrivée. Les propositions de la juridiction donnent le ton : « Alors, en premier lieu : la CRPC de nuit sur déferrement ! »
Suivent un avocat de permanence unique censé être partout à la fois, puis un avocat « laveur de vitres du dépôt » ; idées balayées par les deux consœurs. Le président finit par signer le texte depuis le carnaval de Rio, sans le relire, tandis que le parquet se promet de continuer à déférer à 22 heures sans prévenir personne. La convention, elle, n’est paraphée que le 31 décembre… à quelques heures de l’échéance.
Au terme de ces trois heures de spectacle, une chose est sûre : le barreau de Nanterre sait rire de lui-même.

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